Les Semanas Sociales en Amérique latine

Résumé : Réalisée à l'occasion d'un colloque organisé à Lyon en 2004 pour le Centenaire des Semaines Sociales de France, cette recherche – fondée sur des sources conservées aux Archives municipales de Lyon, à Paris, à Rio, à Montevideo et à Santiago du Chili – analyse la diffusion du « modèle » des Semaines Sociales de France en Amérique latine et ses ambiguïtés, du début du XXe siècle à nos jours.

Une première partie établit une chronologie reposant sur trois temps bien distincts. Tout d'abord, celui de l'essor rapide des Semanas Sociales en Amérique latine (dès avant la Première Guerre mondiale au Mexique et en Uruguay, dans les années 1920 et 1930 en ce qui concerne la plupart des autres pays d'Amérique latine), au moment précis où émerge en Amérique latine la « question sociale » (premiers signes d'industrialisation, constitution du mouvement ouvrier, essor du socialisme et de l'anarchisme). On constate alors que les catholiques sociaux d'Amérique latine cherchent à reproduire à l'identique le modèle français des universités itinérantes, véritables laboratoires d'idées pour les catholiques soucieux de s'engager sur le terrain social. La Seconde Guerre mondiale inaugure toutefois un moment d'étiage, le réformisme porté par la doctrine sociale de l'Église semblant peu à même de répondre aux défis du développement auxquels est confrontée l'Amérique latine et en retrait par rapport aux propositions du christianisme de libération. Toutefois, un certain renouveau des Semanas Sociales apparaît au tournant des années 1980 et 1990, à la fois sous l'impulsion de Jean Paul II, du fait de l'effondrement des référents marxistes et du nouveau contexte socio-économique généré par la mutation néo-libérale.

La seconde partie est consacrée aux vecteurs de diffusion du modèle des Semaines Sociales en Amérique latine, dans la perspective théorique des « transferts culturels » telle qu'elle a été définie par Michel Espagne et Michael Werner. Le rôle des acteurs individuels (notamment les religieux français exerçant leur ministère outre-Atlantique), la circulation des publications catholiques françaises en Amérique latine et certaines pratiques comme le traditionnel voyage initiatique des Latino-américains en France apparaissent comme décisifs pour comprendre le rayonnement différentiel des Semanas Sociales et la réception contrastée du catholicisme social à la française en Amérique latine.

Enfin, une dernière partie s'interroge sur la compatibilité entre la doctrine sociale de l'Église, telle qu'elle est définie par le Vatican dans les dernières décennies du XIXe siècle et par les catholiques français, et les réalités sociales latino-américaines. En effet, si la question sociale en Europe réside avant tout dans les défis posés par la révolution industrielle, l'urbanisation et l'émergence de la classe ouvrière comme acteur politique et social, elle est tout autre en Amérique latine – jusqu'aux années 1960 au moins – puisque le problème central réside dans la propriété de la terre. D'où l'idée que l'importation du modèle des Semaines Sociales de France outre-Atlantique témoigne de l'afrancesamiento des élites catholiques latino-américaines, mais aussi des difficultés récurrentes que celles-ci eurent pour s'émanciper des productions doctrinales et théologiques européennes.
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Contributeur : Olivier Compagnon <>
Soumis le : lundi 6 mai 2019 - 11:32:42
Dernière modification le : lundi 6 mai 2019 - 20:01:44

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Olivier Compagnon. Les Semanas Sociales en Amérique latine. Jean-Dominique Durand (dir.). Les semaines sociales de France, 1904-2004, Parole et Silence, pp.415-433, 2006, Pages d'histoire. ⟨halshs-00090982⟩

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