Analyse des activités métalinguistiques en classe de langues et/ou dans la communication exolingue : transmission de savoirs et/ou organisation de discours

Résumé : L'objectif de la présente recherche est d'observer le processus d'appropriation d'une langue étrangère, en comparant la situation d'enseignement/apprentissage avec la situation "naturelle". D'une manière générale, il n'existe pas d'interactions dans lesquelles la relation entre interactants est tout à fait symétrique. Toute interaction est plus ou moins asymétrique, car personne n'a le même savoir, voire le même savoir-faire communicationnel, dans la mesure où les expériences sur lesquelles le savoir d'un individu est fondé varient selon les personnes. L'un d'eux peut avoir l'avantage sur l'autre (ou les autres) dans une interaction donnée, mais il arrive que cette relation s'inverse dans une autre interaction. Une telle asymétrie devient plus nette lorsque deux personnes ou plus, qui ne partagent pas la même langue maternelle, communiquent dans la langue de l'une d'entre elles. Parmi les linguistes influencés par la psychologie cognitive, quelques-uns ont examiné ce type de situation de contact et l'ont baptisé « communication exolingue » (Porquier 1984, Alber & Py 1985 et Alber & Py 1986). Mais, ils n'entendent par là que la rencontre en milieu dit "naturel", soit le contact que le non natif a avec le natif, au cours de sa vie quotidienne dans le pays d'accueil. Il est vrai que la communication exolingue évoquée ici n'est pas le seul type de contact entre natif et non natif. La situation de contact dite "institutionnelle" qu'est la classe de langue étrangère relève aussi de ce cas. Il est toutefois à remarquer que cette dernière se distingue de la situation "naturelle" par son objet discursif et par son objectif d'interaction. La classe de langue a pour objet discursif le savoir-dire langagier appartenant à l'enseignant natif. De plus, l'objectif de ce dernier est de transmettre ce savoir aux apprenants, autrement dit de diminuer l'écart qui existe entre ceux-ci et la langue qu'ils étudient. Quant à l'objet discursif et à l'objectif d'interaction de la communication exolingue, ils sont définis principalement par des facteurs extralinguistiques (s'agissant, par exemple, d'une interaction dans un magasin, l'objet discursif et l'objectif d'interaction seront respectivement l'article recherché par le client et l'achat/vente de cet article). A la lumière des exemples de travailleurs portugais ou maghrébins en France qui arrivent, au bout de quelque temps, à parler français sans avoir suivi de cours de français, on peut avancer que l'appropriation d'une langue étrangère est aussi possible en milieu "naturel". En d'autres termes, en s'appuyant sur cet exemple des étrangers en France, on peut faire l'hypothèse qu'il existe, sans aucun doute, des traces linguistiques qui montrent les processus d'apprentissage de la langue ou encore, la diminution de l'asymétrie entre natif et non natif par rapport au savoir. Or, on sait que le métalangage, défini comme parlant du langage lui-même, a pour fonction de vérifier si les interlocuteurs utilisent bien le même code (Jakobson 1963). Il est également admis que c'est en recourant à de semblables opérations métalinguistiques que l'enfant, ainsi que l'adulte, s'approprient leur langue maternelle ou une langue étrangère (Jakobson Ibid. et Rey-Debove 1978). En un mot, le métalangage peut jouer un rôle non négligeable, non seulement dans l'organisation discursive de l'échange de paroles, mais également dans la transmission du savoir. De là surgissent quelques questions portant sur la différence de fonctions du métalangage : dans quelle mesure le métalangage destiné à l'apprentissage d'une langue est-il différent de celui qui est utilisé dans l'organisation du discours ? Et comment varie-t-il selon la situation d'interaction (situation de classe de langue et communication exolingue) ? La première partie de la présente recherche sera consacrée à montrer respectivement la continuité/discontinuité entre les métalangages ayant pour fonction l'apprentissage d'une langue et ceux qui visent à l'organisation discursive. Pour ce faire, nous circonscririons d'abord les aspects métalinguistiques de l'interaction en milieu "naturel", en nous référant au concept de « formulations métalangagières » (Bouchard & De Nuchèze 1987). Nous montrerons ensuite que quelques-unes d'entre les traces linguistiques illustrant ces activités ont, ou semblent avoir, une valeur didactique. En second lieu, nous mettrons en évidence en quoi le métalangage à fonction didactique réalisé en situation "naturelle", ressemble à celui qui est produit en situation de classe de langue. En nous appuyant sur la définition des fonctions de l'enseignant établie par L. Dabène (1984), nous dégagerons les caractéristiques principales des activités métalinguistiques de l'enseignant et des apprenants qui se réalisent dans l'échange de paroles. Cette réflexion sera enrichie par l'observation des particularités énonciatives faite à partir des constats dégagés par Bange (1986 et 1992), Cicurel (1994 et 1996) et Trévise (1979). Enfin, en comparant les activités métalinguistiques surgissant en situation "naturelle" et en situation de classe de langue, nous montrerons dans quelle mesure ces deux situations se ressemblent ou se distinguent selon le processus d'appropriation de la langue. Notre réflexion sera illustrée par des exemples extraits de corpus qui ont été recueillis dans deux classes de langue et dans deux situations exolingues de négociation commerciale. Nous emprunterons quelques exemples à Matthey (1995) pour enrichir notre analyse sur la valeur didactique du métalangage utilisé dans la situation exolingue.
Type de document :
Communication dans un congrès
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Contributeur : Fumiya Ishikawa <>
Soumis le : mercredi 8 mars 2017 - 08:11:51
Dernière modification le : vendredi 14 juin 2019 - 01:33:59

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  • HAL Id : hal-01484908, version 1

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Fumiya Ishikawa. Analyse des activités métalinguistiques en classe de langues et/ou dans la communication exolingue : transmission de savoirs et/ou organisation de discours. Acquisition d'une langue étrangère : perspectives et recherches, centre de recherches ELCA-SYLED (Équipe : « Acquisition, Langues en Contact » - SYstèmes Linguistiques, Énonciation et Discursivité), Apr 1999, Paris, France. ⟨hal-01484908⟩

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