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Communication dans un congrès

Orthographe pour l’œil, pour l’oreille ou pour l’esprit ? Quelques réflexions sur les choix graphiques à la rime dans deux manuscrits du XVe siècle

Résumé : Les deux dernières contributions du volume quittent le champ de la ponctuation pour s’intéresser aux graphies. Dans « Orthographe pour l’œil, pour l’oreille ou pour l’esprit ? Quelques réflexions sur les choix graphiques à la rime dans deux manuscrits du xve siècle » (p. 107-127), Yvonne Cazal et Gabriella Parussa poursuivent leur enquête sur les codes graphiques en moyen français, à partir de deux textes dramatiques, des Mystères de saints (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 1131, milieu xve siècle) et la première journée du Mystère de sainte Barbe (Paris, BnF, fr. 976, xv2 siècle). Dans ce type de textes récités par cœur, la rime – avec le mètre – doit soutenir la mémoire de l’acteur. Il est vrai que la rime est plus souvent étudiée comme trace de l’oral dans l’écrit que comme lieu d’observation de l’usage graphique. Ainsi les rimes qui couplent un mot latin et un mot français, en général hétérographiques, montrent bien l’appartenance à deux codes différents tout en indiquant une prononciation du latin à la française (par exemple Mulier circumdabit virum/ Tu veulx nagier sans aviron). D’autres rimes hétérographiques attestent l’amuïssement des consonnes implosives et finales, comme faictes : estez ou mis : servir. Mais l’homophonie n’est jamais absolument certaine et l’homographie parfaite peut également masquer des différences de prononciation, comme dans ville /l/ : fille /l mouillé/. En réalité, la rime n’informe sur la prononciation qu’en cas de graphies divergentes ; à l’inverse, en cas d’homographie, il est difficile de savoir parfois à quoi correspond l’homophonie supposée par la rime. En tout cas, dans l’ensemble du corpus étudié, apparaît une nette tendance à l’alignement des graphies, aux dépens de la morphologie, du type commander (infinitif) : actender (P5 impératif). Le phénomène, proche des graphies inverses, est trop fréquent dans le Mystère de sainte Barbe pour n’être que le résultat de la distraction du copiste ; on peut penser que, parmi les graphèmes dont il dispose pour noter tel phonème, il choisit celui qui offrira une rime pour l’œil (à comprendre dans une acception lâche, puisque dans un contexte pré-normatif). Lorsque le copiste choisit à la rime une graphie très minoritaire, c’est certainement par souci d’identité graphique, ainsi les rimes deulx (rare pour le numéral) : veulx (graphie unique pour le verbe) ou fame : ame, alors que le premier terme s’écrit partout femme. La conséquence du développement des rimes homographiques est une plus grande variabilité des graphies que dans les textes en prose, comme le montre la distribution des différentes graphies des mots « dieux », « cieux » et « mieux » dans le corpus des Mystères et dans un corpus contemporain d’œuvres en prose. Dès lors, on pourrait ajouter aux différentes sources de la graphie médiévale (prononciation, morphologie, paradigme lexical, étymologie), l’attraction graphique de la rime pour les textes en vers – même si ce critère demeure contingent. Il subsiste cependant une petite proportion de rimes hétérométriques (10 %), qu’il est intéressant d’étudier pour cerner ce qui a fait obstacle à l’homographie : en premier lieu, l’absence de graphie disponible, du moins pour le copiste. Lorsque les deux graphies sont fixées, la rime reste hétérométrique, ainsi amour : valeur (car valour n’est pas attesté). Autre obstacle à l’homographie : la distinction des homonymes, comme dans champs : chans, alors que la graphie homographe était majoritaire. La rime hétérométrique peut ainsi souligner l’altérité des signifiés. Un autre cas de résistance à l’alignement apparaît dans les participes passés en /y/ : le scribe conserve la graphie archaïsante pour les participes en <-eu>, prononcé /y/, peut-être pour maintenir la possibilité de prononciation en hiatus. Sur les 11 rimes où entre le mot « yeux » dans le manuscrit Sainte-Geneviève, on ne dénombre que 3 rimes homographiques (yeulz : vieulz ; diex : yex ; dieux : yeux) : influence du mot qui précède, conduisant à adopter des graphies rares, voire uniques, ou du micro-contexte de la page et des rimes voisines. La rime constitue donc bien un contexte topographique où les choix graphiques du copiste reçoivent une détermination supplémentaire, l’homographie permet de mesurer la souplesse de son système graphique, tandis que l’hétérographie en montre la résistance.
Type de document :
Communication dans un congrès
Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-paris3.archives-ouvertes.fr/hal-02002797
Contributeur : Gabriella Parussa Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : jeudi 31 janvier 2019 - 21:04:44
Dernière modification le : jeudi 4 février 2021 - 14:38:31

Identifiants

  • HAL Id : hal-02002797, version 1

Citation

Gabriella Parussa, Yvonne Cazal. Orthographe pour l’œil, pour l’oreille ou pour l’esprit ? Quelques réflexions sur les choix graphiques à la rime dans deux manuscrits du XVe siècle. Journée d’étude : Systèmes graphiques de manuscrits médiévaux et incunables français, Jun 2005, Lyon, France. pp.107-127. ⟨hal-02002797⟩

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