Pureté de sang et exercice de la médecine dans l'Espagne des XVe -XVIIIe siècles

Résumé : Les médecins juifs jouirent dans l’Espagne du Moyen Âge de la confiance des rois et des grands seigneurs et donc d’un prestige qui suscita la jalousie puis l’aversion d’autres classes sociales, notamment du peuple et du bas clergé. Cet idéal de « pureté de sang » était justifié à l’époque par des considérations d’ordre biologique et racial, par un « biologicisme » qui mêlait science, éthique et politique. Il semble avoir été motivé par la rivalité et la lutte entre vieux et nouveaux-chrétiens. C’était le prérequis nécessaire à la promotion sociale, l’arme utilisée par les vieux-chrétiens à l’heure du partage des professions et des privilèges. Ce prérequis excluait toute macule sanguine et l’Inquisition fut l’instrument politique destiné à évincer peu à peu les convers de leurs activités traditionnelles grâce à l’implantation des statuts de « pureté de sang ». L’imposition de l’exigence de la pureté de sang correspond donc à une survalorisation de la caste privilégiée des vieux-chrétiens, indépendamment de leur richesse ou pauvreté et, en partie seulement, des métiers exercés. Il faut attendre 1783 pour que la « pureté de métiers » soit abolie dans le but de favoriser le développement de l’industrie, de l’agriculture et du commerce. À compter de cette date, le travail est progressivement considéré de façon différente en Espagne : ce n’est plus un châtiment dérivant du péché original. Le 18 mars 1783, Charles III et son Conseil Royal éliminèrent l’exigence de pureté de métiers. Ainsi, selon la loi IX, une naissance illégitime ne ferait plus obstacle à l’exercice de certains métiers. Désormais les professions telles que tanneur (curtidor), forgeron (herrero), tailleur (sastre), cordonnier (zapatero) sont déclarées honnêtes et honorables. Elles n’inhabilitent plus ceux qui les exercent pour occuper des emplois municipaux ; ces arts et professions ne font plus obstacle à la jouissance et aux prérogatives de la petite noblesse (hidalguía). Il est stipulé que si durant trois générations une famille exerce le commerce ou l’industrie de façon profitable à l’État, alors la noblesse pourra lui être concédée par le monarque à la demande du Conseil. Toutefois, on sait que ces lois restèrent sans grand effet en raison de la permanence de mentalités anciennes très attachées au vieil idéal nobiliaire qui considérait par exemple qu’un noble qui travaille – et plus encore avec ses mains, c’est-à-dire qui pratique les « arts mécaniques » – déchoit . Quant au concept de pureté du sang, il se perpétua jusqu’au XVIIIe siècle, époque à laquelle on constate que le comte d’Aranda, ministre de Charles III, l’utilise en 1788 au sens de « libre de toute trace d’exercice d’un métier ou d’un commerce servile ». On voit donc à quel point ce concept fut utilisé comme synonyme de « pureté de métiers ». On constate par là même combien les deux notions eurent tendance à être confondues. Cependant, officiellement au moins, la pureté de sang cessa d’être exigée à partir d’un décret du 31 janvier 1835. Finalement, une loi du 16 mai 1865 abolit les preuves de pureté de sang pour les mariages et pour un certain nombre de charges de gouvernement .
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Communication dans un congrès
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Contributeur : Hélène Tropé <>
Soumis le : jeudi 15 février 2018 - 21:22:55
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Hélène Tropé. Pureté de sang et exercice de la médecine dans l'Espagne des XVe -XVIIIe siècles. "Sang bleu et sang noble, pureté et impureté: l'identité définie par le sang ?" dans le cadre du programme de recherche Le sang: représentations symboliques, scientifiques et sociales dans l'Europe moderne (France, Italie, Espagne, XVe-XVIIIe s.); organisatrices : Elisabeth Belmas & Corinne Fiorato-Lucas]., organisatrices : Elisabeth Belmas & Corinne Fiorato-Lucas, Jun 2017, PARIS, Maison des Sciences de l'Homme Paris-Nord, France. ⟨hal-01710393⟩

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