Le corps figuré dans le cinéma d’Andy Warhol

Résumé : Par le jeu complexe d’un système fictionnel construit sur ses limites – métaphorisant la question du corps sur les bords du cadre de l’image – Chelsea Girls d’Andy Warhol nous montre un espace qui interroge perpétuellement la notion de réalité. Il y a quelque chose de l’ordre du symbolique dans le défilé corporel des « superstars Warholiennes » qui peuplent le film. Une succession d’actes régie de manière fonctionnelle par le minimalisme, la banalité et l’épuisement des situations mais dont l’épanouissement par l’image développe, intensifie et projette un dépassement de soi. Le corps du « performer » se trouve dans une situation de représentation qui vaut d’abord pour elle-même – la posture narcissique du corps Warholien – et dont les enjeux sont redistribués dans le cadre de l’image (par la place du metteur en scène et du spectateur). Si le temps et l’espace constituent un processus en connexion avec le moment d’exécution, Chelsea Girls cherche à retrouver par le système de la double-projection, l’idée d’un travail sur des variations en série. Un enchaînement de situations vues comme autant de micros-performances : « Un jeu de variations que la version définitive tente de contenir dans les limites de variables établies […] à travers le parcours fictif de quelques chambres d’un hôtel – Chelsea, New York – dont les différentes versions à la projection permettent de montrer combien le film est un puzzle sans fin où l’on doit encore découper les pièces ». Un cinéma élargi qui s’inscrit dans l’expansion permanente de l’espace tels les spectacles organisés par Warhol à l’« Exploding Plastic Inevitable » entre 1966 et 1967 . En convoquant le corps dans sa mise en représentation par « le temps continu, en manipulant l’espace par la projection et en compressant la durée du film par la juxtaposition d’écrans » , Warhol réintègre les trois données essentielles de la performance : corps, temps, espace. Ce détour par le dispositif cherche à montrer que le corps à besoin de l’image pour souscrire à son épanouissement. Devant ce parcours d’images assemblées tel un puzzle qui relève d’une stratégie visant à déconstruire toute linéarité de l’action, les situations filmées en temps réel et dans lesquelles les participants agissent sont loin d’être secondaires. Si la caméra devient un agent et un instrument des événements en présence, le corps semble se construire dans une liberté d’action apparemment sans limites. Au coût et à la gratuité entendue dans le sens d’une valeur d’échange fixée par un prix, nous proposerons un renversement sémantique rejoignant une préoccupation à la fois esthétique et sociale : à quel prix est possible la gratuité de la présence corporelle dans le cinéma d’Andy Warhol et plus particulièrement dans Chelsea Girls ? Les corps du Junkie, du beatnik et du transsexuel sont autant d’actes – de rôles – que le réalisateur récupère sans le moindre intérêt pour une valeur d’échange d’ordre monétaire. Et si le concept de gratuité devenait pour le corps, le prix d’une somme de valeurs possibles ? Le prix donné à l’objet s’affranchit alors de son circuit fermé pour se révéler être un terrain d’actions privilégiées. Prenons l’exemple concret d’une relation d’un corps à l’autre : la prostituée et son client. Le prix d’un acte est fixé au préalable et l’ensemble des éléments qui n’y souscrivent pas se voient refusés. La performance de l’acte comprend donc une valeur unique qui en reste au fonctionnement chiffré. Or si nous transposons cette même action dans un corps de la gratuité, nous pouvons envisager l’acte dans un circuit qui passe de la fermeture (la règle) à l’ouverture (l’absence de règles). Pour autant, n’y a t-il pas un prix un payer pour arriver à l’acte gratuit ?
Type de document :
Communication dans un congrès
Le coût et la gratuité , Jun 2010, Venise, Italie. L'Harmattan Pratiques et esthétiques : Le coût et la gratuité 3, pp.139-145
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Contributeur : Benjamin Leon <>
Soumis le : vendredi 28 avril 2017 - 14:31:49
Dernière modification le : samedi 29 avril 2017 - 01:08:50

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Benjamin Léon. Le corps figuré dans le cinéma d’Andy Warhol . Le coût et la gratuité , Jun 2010, Venise, Italie. L'Harmattan Pratiques et esthétiques : Le coût et la gratuité 3, pp.139-145. 〈hal-01516004〉

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