« La fécondité de l’opposition Nord/Sud dans l’esthétique sandienne »

Résumé : L’opposition nord-sud ne détermine pas chez George Sand un simple cosmopolitisme littéraire. Elle donne plutôt naissance à un réseau structuré d’oppositions qui se déclinent sur les plans de l’imaginaire, de l’esthétique, de l’idéologie pour créer une poétique de la représentation littéraire originale et synthétique. La théorie des climats, issue de Montesquieu et relayée par Madame de Staël, vient en appui de cette intuition géo-esthétique : la nature du Nord et la nature du Midi engendrent et déterminent des sensibilités qui correspondent aux grandes tendances esthétiques dont le romantisme sandien est un des creusets féconds. La distinction Nord/Sud se double de l’opposition entre les figures esthétiques (Gilles Deleuze) de l’artiste et du poète, et se déplace sur le plan de la représentation pour structurer une antinomie esthétique entre le fini et l’infini. La problématique esthétique est dès lors parfaitement conséquente et livre l’opposition paradigmatique suivante : Nord-poète-invible-infini-idéal-sublime / Sud-artiste-visible-fini-sensible-beau pittoresque. Ainsi, à l’opposition géographique nord-midi (Suède-Italie dans L’homme de neige, France-Allemagne dans Mouny-Robin par exemple) s’adossent des éléments constitutifs et problématiques d’une poétique du personnage, du paysage voire du genre littéraire. Cependant, cette opposition structurante de la poétique sandienne ne prend sens que dans le projet synthétique et syncrétique d’une recherche de la totalité heureuse par les moyens de l’esthétique littéraire. En effet, dans la poétique sandienne, la synthèse et l’unité prévalent par-delà les oppositions : à partir de cette problématique esthétique, les ressources littéraires de l’écrivain vont lui permettre de proposer une série de solutions qui puissent, sur le plan de l’écriture, permettre une création littéraire libre et non contrainte. Elle devra tenir la balance égale entre le souci éthique (le poète, la jouissance, le bonheur) et les aspirations esthétiques (l’artiste), entre le fini et l’infini, entre l’attrait de la force (le sublime) et le devoir formel (le beau), entre un certain réalisme et le subjectivisme (la fantaisie) et l’idéalisme (le fantastique) romantiques. Ainsi, le paysage idéal doit être l’expression de cette synthèse des catégories quasi-esthétiques du Nord et du Midi (l’œil et la pensée, l’enthousiasme et la rêverie, la grâce et le sublime) ; le personnage héroïque (le poète du nord ou l’artiste du sud) accède à la plénitude de son être par la reconnaissance de l’autre (en soi) ou l’initiation à l’autre (hors de soi) ; enfin certains genres sandiens de prédilection (la fantaisie et la légende) sont même parfois le fruit d’une sorte de négociation littéraire entre les valeurs idéologiques contraires mais non nécessairement contradictoires du Nord et du Midi.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
L'image du Nord chez Stendhal et les Romantiques, 3, pp.307-317, 2006
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Contributeur : Yvon Le Scanff <>
Soumis le : vendredi 17 mars 2017 - 17:02:23
Dernière modification le : mercredi 22 mars 2017 - 15:57:38

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Yvon Le Scanff. « La fécondité de l’opposition Nord/Sud dans l’esthétique sandienne » . L'image du Nord chez Stendhal et les Romantiques, 3, pp.307-317, 2006. 〈hal-01491983〉

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