Edition critique, traduction et commentaire de la Dédicace au poète Baltasar de Medinilla de Santiago el verde, in Trezena parte de las comedias de Lope de Vega Carpio.

Abstract : Le texte de la dédicace de la comedia Santiago el verde, adressé par Lope de Vega au poète Baltasar Elisio de Medinilla, doit être lu à la lumière des récentes attaques littéraires dont le Phénix et ses amis, trois ans auparavant, avaient été la cible, de la part des partisans des préceptes aristotéliciens qui lui reprochaient l’excessive liberté de ses comedias et de sa Jerusalén conquistada. En effet, en 1617, était paru un libelle en latin intitulé la Spongia. Il était signé par Trepus Ruitanus Lamira, anagramme de Petrus Turrianus Ramila, c’est-à-dire Pedro de Torres Rámila, « professeur d’Humanités » de l’Université d’Alcala. Quelques exemplaires étaient signés par Juan Pablo Mártir Rizo qui manifestement était aussi derrière la Spongia, de même que Cristóbal Suárez de Figueroa, l’auteur de El Pasajero (Le Passager). Aucun exemplaire de ce libelle n’est parvenu jusqu’à nous mais on connaît son contenu à travers les réponses qu’il suscita. Quelques-uns des reproches formulés avaient trait à la culture de Lope : on prétendait par exemple qu’il ne maîtrisait pas le latin et que Baltasar Elisio de Medinilla et Fray Miguel Cejudo le secondaient pour tout ce qui concernait cette langue. Peu de temps après circulèrent deux satires anonymes contre Torres Rámila et Suárez de Figueroa dans lesquelles une vive réponse aux attaques exprimée dans la Spongia était formulée. Ces satires furent attribuées à Lope et à Medinilla. Un opuscule fut également publié en réponse à la Spongia : la Expostulatio Spongiae a Petro Turriano Ramila Pro Lupo a Vega Carpio, prétendument écrit par un certain Julio Columbano, un pseudonyme, et publié à Troyes par un dénommé Pedro Chevillot. En réalité, le texte avait été édité à Madrid, financé par le duc de Sessa, mécène de Lope, qui fit apposer son blason sur l’œuvre. Le livre fut diffusé gratuitement dans les cercles littéraires de Madrid, Tolède et Alcalá. Ses auteurs étaient Francisco López de Aguilar, Lope, Medinilla, Tamayo, ainsi que le Français Simon Chauvel. C’est à ses fidèles défenseurs qu’au cours des années suivantes Lope dédia les comedias dont il supervisa la publication, parmi lesquelles figurent celles de la Treizième partie (Trecena parte, 1620) dont la comedia Santiago el verde (Santiago le vert). Dans le texte de sa dédicace à Medinilla, comme dans bon nombre de celles des comedias de la Trecena parte, résonnent les échos des violentes querelles littéraires qui avaient affecté le Phénix : il s’en prend à mots couverts à ses détracteurs qu’il fustige en les accusant de passer le plus clair de leur temps à critiquer les autres écrivains au lieu d’écrire eux-mêmes, claire allusion à Torres Rámila et à ses amis. Lope les appelle de façon méprisante « les versificateurs » et ironiquement « les impeccables », un mot qu’il emprunte selon ses dires à Liñán de Riaza que d’aucuns tiennent aujourd’hui pour le véritable auteur du Don Quichotte d’Avellaneda. Le Phénix laisse entendre combien ils manquent d’inspiration poétique, c’est-à-dire de cette « fureur poétique » que Platon décrit dans Phèdre (244 a) et dans Ion (533 e – 534 a) et que Cicéron évoque dans la citation que Lope fait du De divinatione (I, 37, 80). Lope reprend aussi l’antithèse nature / art, présente dans l’Épître aux Pisons d’Horace où sont définis les deux termes synonymes ingenium et natura, employés au sens de talent, capacité naturelle non acquise, par opposition à l’art, c’est-à-dire l’ensemble des règles. Le terme ingenium (génie) était déjà employé au XVIe siècle dans le sens des termes « inspiration » et « fureur » de la tradition platonique. Reprenant les termes de l’opposition présente chez Horace, Lope exalte la « nature », c’est-à-dire le talent naturel, mais semble peu valoriser la création réduite à l’ « art », aux règles. Contre les poètes aristotéliciens de la Spongia qui lui reprochaient ses excessives libertés, Lope soutient que le poète doit bénéficier d’une « inspiration céleste » et qu’on ne peut faire violence à la nature au motif qu’il faut appliquer des règles. On remarque toutefois son attitude prudente : contrairement à d’autres textes où il exprime plus vigoureusement son anti-aristotélisme, il se montre ici mesuré, tant dans la riposte que dans l’attaque contre ses ennemis, et déclare qu’il veut fuir la haine et la colère. Cependant, comme dans d’autres dédicaces, il dénonce les méfaits de la calomnie et se moque de l’improductivité littéraire de ceux qui passent leur temps à se louer eux-mêmes au lieu de publier ; ce faisant, il se réfère très probablement à Torres Rámila dont il se moque ouvertement à travers la figure inventée d’un fictif professeur allemand nommé Lazare à qui il adresse de façon burlesque l’ordre évangélique « Lazare, veni foras », comme pour le ressusciter sur le plan littéraire et se gausser de son improductivité. Lope oppose à ces « faiseurs de vers » privés d’inspiration la figure de Medinilla à qui il rend hommage, le comparant à un aigle majestueux qui, contrairement aux mauvais poètes, n’a nul besoin de tenter d’escalader péniblement le mât de cocagne de la célébrité pour atteindre les récompenses, puisqu’il remporte la gloire et sa couronne de lauriers en volant magnifiquement au sommet de la célébrité. Enfin, le poète fait allusion au processus de publication de ses comedias, mené sous sa direction, et regrette de ne point avoir pu réécrire ses textes au lieu de les corriger ou de les adapter à la hâte.
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Dans le cadre de ma participation au projet ANR « Les idées du théâtre, France, Espagne, Italie, .. 2013
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Hélène Tropé. Edition critique, traduction et commentaire de la Dédicace au poète Baltasar de Medinilla de Santiago el verde, in Trezena parte de las comedias de Lope de Vega Carpio. . Dans le cadre de ma participation au projet ANR « Les idées du théâtre, France, Espagne, Italie, .. 2013. 〈hal-01584745〉

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