Edition critique, commentaire et traduction du Prologue de: Trezena parte de las comedias de Lope de Vega Carpio ... Dirigidas, cada vna de por si, a diferentes personas Madrid : Por la Viuda de Alonso Martin. A costa de Alonso Pérez mercader de libros 1620.

Résumé : 1620, année de la publication de la Treizième partie (Madrid, Viuda de Alonso Martín), est sans nul doute un moment fondamental dans le processus éditorial des comedias de Lope. Dans le Prologue, le Phénix affirme qu’il veut prendre personnellement en charge l’édition de ses comedias. Il est probable qu’à cette époque, Lope désirait publier ses textes non seulement pour veiller à leur authenticité mais aussi pour des motifs financiers. Les thèmes principaux du Prologue sont la nouveauté que constituent les dédicaces de ses comedias, la réponse à ses détracteurs et la condamnation sans appel de ceux qui plagient et falsifient ses œuvres. En premier lieu, il évoque les textes des dédicaces écrits pour tel ou tel ami ou Grand de la cour. En effet, c’est à partir de la Treizième partie que le poète introduit une nouveauté importante : il ne dédie plus le volume correspondant, comme auparavant, à une seule personne mais chaque comedia est dédiée à une personne différente. Dans un premier temps, les dédicataires furent souvent ses défenseurs, c’est-à-dire ceux qui, dans la Expostulatio spongiae de 1618, avaient pris sa défense en réponse aux affirmations infamantes de la Spongia (1617), cet opuscule qui visait à discréditer le Phénix et à effacer ses œuvres. En outre, Lope de Vega aspirait à bénéficier de la protection des puissants et il dédia aussi un certain nombre de ses pièces à des personnages en vue à la cour. Le poète rédigea au total quatre-vingt-seize dédicaces pour autant de comedias incluses dans les Parties XIII à XX. À partir de 1621, année de la chute du duc de Lerma, favori de Philippe III, Lope chercha plus spécialement à s’attirer les faveurs de personnages appartenant à l’entourage du comte d’Olivares, qui jouissait déjà d’une certaine influence à la cour avant même la montée sur le trône du futur monarque. Il s’agissait bien sûr pour lui d’assurer sa position à la cour. Cependant, ses aspirations ne furent pas toujours satisfaites. Ainsi, quand le Licencié Pedro de Valencia, chroniqueur du roi, décéda le 10 avril 1620, Lope sollicita le poste le 1er juin mais sans succès. Il ne parvint jamais à obtenir non plus l’habit d’un ordre militaire. Dans le texte du Prologue de la Trecena parte, une pointe d’amertume affleure dans ses propos lorsqu’il insinue que dans l’Espagne de son temps, les Grands ne font aucun cas des hommages qui leur sont rendus par les écrivains qui leur dédient leurs œuvres. En second lieu, Lope affronte verbalement ses détracteurs et ceux qui nuisent à son théâtre. Il utilise pour ce faire sa stratégie coutumière de contradictions, concessions et zigzags. Évoquant tout d’abord ceux qui s’opposent à ses comedias, il fait une discrète allusion aux « aristotéliciens », partisans du respect des règles classiques de l’Antiquité, qui le critiquent au motif que ses comedias y dérogent, et il leur oppose, non sans humour, un argument de poids : en Espagne, la Comedia ne remonterait pas si loin ; elle procéderait des comédies de Lope de Rueda (1510, Séville – 1565, Cordoue). En outre, il fait indirectement son propre éloge lorsqu’il cite l’épigramme 28 du livre IX des Épigrammes de Martial, où un comique latin est loué pour son art de donner du plaisir et faire rire les spectateurs les plus austères. Tout cela ne laisse pas d’évoquer certaines affirmations bien connues de L’Art nouveau de faire des comédies (v. 372-376) selon lesquelles ce qui importe au public des corrales, ce ne sont pas les règles (c’est-à-dire « l’art » que, consensuellement, Lope reconnaît qu’il est juste de respecter en théorie) mais le plaisir du spectateur, c’est-à-dire ce qui fait en pratique le succès d’une pièce. Enfin, évoquant ceux qui nuisent à son propre théâtre, il distingue et oppose, d’une part, les dramaturges érudits (possible allusion aux « aristotéliciens »), qui ont peu de succès auprès du vulgaire dès lors qu’ils ne parlent pas sa langue ; d’autre part, les dramaturges ignorants, autrement plus nuisibles que les précédents, qui pillent son propre théâtre et le réécrivent dans la langue du vulgaire pour un modeste succès. Lope dénonce ces faussaires qui assistent aux représentations de ses pièces et mémorisent quelques vers auxquels ils en ajoutent d’autres, fort mauvais, de leur invention. Ceux-là réécrivent ainsi ses œuvres pour les vendre soit à des directeurs de compagnie peu scrupuleux qui les représentent en attribuant ces mauvaises imitations au Phénix, soit à de malhonnêtes libraires qui les impriment en se servant de son nom. En 1620, c’était là un thème brûlant pour Lope car cinq ans auparavant, le texte de La Dama boba (La Petite niaise) avait été piraté par l’un de ces mauvais poètes, Luis Remírez de Arellano, comme en témoigne Cristóbal Suárez de Figueroa dans la Plaza Universal (La Place Universelle, 1615) : « Celui-ci mémorise une comedia entière en l’entendant trois fois. En particulier, il a ainsi mémorisé La Dama boba, El Príncipe perfeto (Le Prince parfait) et La Arcadia (L’Arcadie), entre autres ». Pour finir, Lope conteste que cela soit possible et, s’appuyant sur Aristote, il discrédite ces plagiaires : puisque, selon Aristote, mémoire et intelligence ne sauraient aller de pair, si ces faussaires sont dotés d’une mémoire soi-disant aussi extraordinaire, cela signifie qu’ils sont totalement dépourvus d’entendement. En conclusion, dans ce prologue Lope de Vega vise avant tout à condamner le plagiat de ses comedias. Le poète dénonce la malhonnêteté des éditeurs qui publient des textes reconstruits par un plagiaire capable d’en mémoriser une partie au cours de quelques représentations et qui vendait ensuite une version pirate à un libraire.
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Dans le cadre de ma participation au projet ANR « Les idées du théâtre, France, Espagne, Italie, .. 2013
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Hélène Tropé. Edition critique, commentaire et traduction du Prologue de: Trezena parte de las comedias de Lope de Vega Carpio ... Dirigidas, cada vna de por si, a diferentes personas Madrid : Por la Viuda de Alonso Martin. A costa de Alonso Pérez mercader de libros 1620. . Dans le cadre de ma participation au projet ANR « Les idées du théâtre, France, Espagne, Italie, .. 2013. 〈hal-01584741〉

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