Hélène TROPÉ, «Généalogies légendaires et parentés inventées. L'exaltation du sang divin de Lerma et de sa parenté avec Philippe III dans Prosapia de Christo (1614) de Diego Matute de Peñafiel Contreras »

Résumé : En lien avec la problématique du colloque: "Dire / taire / masquer les origines" et en particulier avec le second point: "généalogies", énoncé dans le deuxième axe, j'ai analysé la stratégie de promotion d'une image "royale" du duc de Lerma, favori de Philippe III, mise en œuvre dans l'ouvrage de Diego Matute de Peñafiel Contreras, Prosapia de Christo, publié à Baza en 1614. En premier lieu, j'ai replacé ce texte dans la double perspective historique qui permet d'en éclairer la genèse: d'abord, je l'ai situé dans ce moment historique très particulier qu'est la monarchie de Philippe III, laquelle vit émerger aux côtés du monarque l'imposante figure du valido, chose impensable sous le règne de son père, le Roi Prudent. Notamment, j'ai montré que ce n'est pas un hasard si ce texte, qui, de façon saugrenue, fait entrer le favori dans la lignée royale, fut publié en 1614, c'est-à-dire au moment où les critiques se multipliaient contre "le plus grand voleur du monde" - el mayor ladrón del mundo selon le poète gongorin Villamediana-, et où il fallut dès lors coûte que coûte renforcer cette image "royale" du favori. De façon plus large, j'ai rappelé que ce texte s'inscrit aussi dans un mouvement idéologique plus ample, que l'on peut dater de la fin du XVIe siècle et du début du suivant, où les discours sur l'origine, la genèse, la naissance, le début, les généalogies, des mots, des choses et des personnes se multiplient, en relation directe avec une interrogation identitaire sur l'essence de l'Espagne et de "l'être espagnol", et ce depuis au moins les débuts du règne de Charles Quint. De ce point de vue, j'ai fait allusion à d'autres œuvres ayant exalté la grandeur de la généalogie du duc de Lerme et assuré que ses ancêtres avaient du sang royal. En second lieu, entrant dans ce texte très étrange qu'est Prosapia de Cristo, et d'abord dans le paratexte, j'ai tenté d'évaluer la part que Lerma a pu prendre dans l'initiative de la rédaction de ce livre qui lui est dédié. Puis j'ai analysé de près les ressorts de cette généalogie fabuleuse et de ces parentés fictives qui aboutissent à faire de Lerma non seulement le descendant d'Adam et Ève, Mathusalem, Noé, Hercule, sans oublier Enée, lesquels auraient été aussi les ascendants du roi, mais encore à l'insérer avec le monarque, dans le lignage du Christ. En troisième lieu, envisageant ce livre comme le fer de lance d'une stratégie de communication habile, qui loin de désacraliser l'image du monarque au profit de son favori, renforçait au contraire l'image d'un roi de droit divin et faisait un parent de son privado, j'ai étudié la réception de ce texte, d'abord en France au XVIIe siècle, dans l'ouvrage de Chardon la Motte le Vayer, Le discours de l'histoire (1643); puis, en Espagne même, au XVIIIe siècle: j'ai examiné les acerbes critiques de Feijoo et montré par quels arguments ces auteurs avaient combattu les affabulations généalogiques du théologien. Enfin, je me suis interrogée sur les visées de ce texte en montrant qu'apparenter Lerma à Philippe III et les faire tous deux descendre du Christ permettait de renforcer l'image d'un roi de droit divin, de défendre la légitimité de son favori face à la montée des factions adverses et de mettre en évidence que tous deux, ensemble, avaient véritablement vocation, de par leur sang divin, à représenter et défendre la foi catholique. Mots-clé
Type de document :
Communication dans un congrès
Teresa Rodríguez et Florence Raynié (éds.) ; préface de Mònica Güell. Dire, taire, masquer les origines dans la péninsule ibérique du Moyen Age au Siècle d'Or, Mar 2010, Toulouse, France. CNRS – Université de Toulouse – Le Mirail, collection « Méridiennes », p. 131-149, 2014, Dire, taire, masquer les origines dans la péninsule ibérique du Moyen Age au Siècle d'Or (Actes du Colloque International). 〈https://www.canal-u.tv/video/universite_toulouse_ii_le_mirail/colloque_dire_taire_masquer_les_origines_dans_la_peninsule_iberique_15e_17e_siecle_ouverture.6282〉
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Contributeur : Hélène Tropé <>
Soumis le : samedi 9 septembre 2017 - 11:07:09
Dernière modification le : jeudi 15 février 2018 - 19:16:01

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Hélène Tropé. Hélène TROPÉ, «Généalogies légendaires et parentés inventées. L'exaltation du sang divin de Lerma et de sa parenté avec Philippe III dans Prosapia de Christo (1614) de Diego Matute de Peñafiel Contreras ». Teresa Rodríguez et Florence Raynié (éds.) ; préface de Mònica Güell. Dire, taire, masquer les origines dans la péninsule ibérique du Moyen Age au Siècle d'Or, Mar 2010, Toulouse, France. CNRS – Université de Toulouse – Le Mirail, collection « Méridiennes », p. 131-149, 2014, Dire, taire, masquer les origines dans la péninsule ibérique du Moyen Age au Siècle d'Or (Actes du Colloque International). 〈https://www.canal-u.tv/video/universite_toulouse_ii_le_mirail/colloque_dire_taire_masquer_les_origines_dans_la_peninsule_iberique_15e_17e_siecle_ouverture.6282〉. 〈hal-01584728〉

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