La Vida de Quevedo, par Pablo Antonio de Tarsia (1663) Auteur: Hélène Tropé

Résumé : L’abbé italien Tarsia fit paraître à Madrid en 1663, non point une biographie au sens moderne du terme, c’est-à-dire un récit de vie essentiellement fidèle à la chronologie, mais un récit de type thématique, qui avait manifestement vocation à magnifier l’exemplarité d’une existence vertueuse, consacrée à l’étude et à la création littéraire. C’est en tout cas le portrait qu’en brosse l’abbé. Les modèles de ce récit sont d’une part les biographies gréco-romaines des hommes illustres ; d’autre part, les hagiographies semblent avoir inspiré cette Vie, notamment en raison des faits extraordinaires relatés à la fin, la narration confinant alors au récit de miracles. Seuls deux moments du récit de la vie de Quevedo suivent un ordre chronologique : les années à Naples au service du duc d’Osuna et l’année d’emprisonnement (1639, devenue 1641) dans le récit de Tarsia. Quant à la collaboration du poète avec le comte duc d’Olivares, favori de Philippe IV -collaboration qui se mua bientôt en virulente opposition à la politique du comte duc-, elle est passée sous silence compte tenu des années de prison que les critiques de la politique du favori par le poète valurent à ce dernier. Pour le biographe, il s’agissait manifestement de ne pas entacher la mémoire d’Olivares et peut-être, par ricochet, celle du monarque. C’est à une entreprise de mythification que se livre notre biographe qui fabrique de toutes pièces un personnage plus ou moins doucereux qui ne correspond en rien au poète caustique et satirique que des œuvres telles que les Songes et le Buscón révèlent. En revanche, pour rendre son récit piquant et attrayant, il invente ou reprend à son compte quelques épisodes légendaires de la vie du poète, épisodes manifestement sans fondements. Quevedo était un homme de lettres et c’est en insistant sur cet aspect que Tarsia voulut le réhabiliter, s’efforçant de faire oublier celui qui s’était opposé à Olivares. De façon paradoxale, c’est donc en créant une légende, en masquant le politique et en mettant en avant le lettré et l’être l’humain, que Tarsia a permis à l’homme politique, qui avait été mis au ban de la société et mourut d’un mal contracté dans l’humidité glacée de la prison, de recouvrer sa dignité. Ce faisant, ce premier biographe a ouvert la voie, historiquement, à sa réhabilitation, une réhabilitation dont a participé, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, la mythification de Quevedo.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Matteo RESIDORI, Hélène TROPÉ, Danielle BOILLET et Marie-Madeleine FRAGONARD [éds.]. Vies d'écrivains, vies d'artistes (Espagne, France, Italie XVIe-XVIIIe siècle), Presses de la Sorbonne Nouvelle, pp.263-277., 2014
Liste complète des métadonnées

Littérature citée [4 références]  Voir  Masquer  Télécharger

https://hal-univ-paris3.archives-ouvertes.fr/hal-01583193
Contributeur : Hélène Tropé <>
Soumis le : mardi 12 septembre 2017 - 10:31:32
Dernière modification le : jeudi 15 février 2018 - 19:16:01

Licence


Distributed under a Creative Commons Paternité - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification 4.0 International License

Identifiants

  • HAL Id : hal-01583193, version 1

Collections

Citation

Hélène Tropé. La Vida de Quevedo, par Pablo Antonio de Tarsia (1663) Auteur: Hélène Tropé. Matteo RESIDORI, Hélène TROPÉ, Danielle BOILLET et Marie-Madeleine FRAGONARD [éds.]. Vies d'écrivains, vies d'artistes (Espagne, France, Italie XVIe-XVIIIe siècle), Presses de la Sorbonne Nouvelle, pp.263-277., 2014. 〈hal-01583193〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

28