Performer les stéréotypes d’une nouvelle société. Cinémas tunisien et égyptien postrévolutionnaires

Résumé : Depuis 2010, la situation a changé du côté des pays que l’on qualifie du « monde arabe ». Toutefois, de tous ceux qui clamaient du Maroc au Bahreïn au début de l’année 2011 « le peuple veut la chute du régime », seuls la Tunisie et l’Égypte ont pu envisager une reconfiguration de leurs sociétés. La fin des dictatures de Ben Ali en Tunisie le 14 janvier 2011 et de Moubarak en Égypte le 11 février de la même année a en effet permis à de nouveaux acteurs de s’exprimer. Le cinéma s’est emparé frontalement de ce moment charnière que furent ces soulèvements populaires pour les illustrer, et en proposer, par la fiction ou le documentaire, une mémoire construite et documentée. Les cinéastes ont voulu participer à la reconfiguration identitaire du peuple en cherchant notamment à rendre dans leurs films la polyphonie exceptionnelle de l’instant révolutionnaire. La philosophe américaine Judith Butler a montré le caractère performatif de l’affirmation « nous, le peuple » qui traversait la place Tahrir en 2011 : notre usage du mot « peuple » dans ce texte se réfère à cette réélaboration par les populations tunisiennes et égyptiennes d’une nouvelle identité nationale. À l’image, de nouveaux types de personnage apparaissent, qui symbolisent cette identité populaire reconfigurée. Certains réapparaissent fréquemment, et se transforment au rythme des productions en nouveaux stéréotypes ; pour marquer le changement, les cinéastes veulent transformer l’image passive du peuple de l’ancien régime, et élaborent par contraste les figures récurrentes du jeune révolutionnaire, de la femme libérée ou de l’extrémiste religieux. Ils permettent une identification facilitée de l’émergence de ce peuple au nouveau visage, et sont destinés à nuancer ou à renforcer le caractère, multiple mais unifié, des identités égyptiennes, tunisiennes, arabes. Millefeuille de Nouri Bouzid (2012), Printemps tunisien de Raja Amari (2013), À peine j’ouvre les yeux de Leila Bouzid (2016) pour la Tunisie, Après la bataille de Yousri Nasrallah (2012), Al-Midan de Jehane Noujaim (2014), La Trace du papillon d’Amal Ramsis (2014) et Clash de Mohamed Diab (2016) pour l’Égypte suivent des schémas aux similarités éclairantes. En analysant ces derniers, nous étudierons la manière dont les manifestations et leur succès dans ces deux pays ont pu œuvrer à la construction de nouveaux stéréotypes incarnant les principes fondateurs de ces sociétés en mutation.
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Traits-d'Union, 2017, Le stéréotype, fabrique de l'identité ?, pp.30-37. 〈http://www.revuetraitsdunion.org/numero-7/〉
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Contributeur : Mathilde Rouxel <>
Soumis le : dimanche 13 août 2017 - 17:02:05
Dernière modification le : samedi 16 décembre 2017 - 01:11:37

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Mathilde Rouxel. Performer les stéréotypes d’une nouvelle société. Cinémas tunisien et égyptien postrévolutionnaires. Traits-d'Union, 2017, Le stéréotype, fabrique de l'identité ?, pp.30-37. 〈http://www.revuetraitsdunion.org/numero-7/〉. 〈hal-01516480〉

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