Migration de dispositifs et de visages chez Andy Warhol

Résumé : Le photomaton séduit Warhol dès 1963 et devient rapidement l’un des matériaux de base pour la création d’images à la Factory. En tant qu’appareil qui permet de prendre des photographies de visages et de les développer automatiquement, le photomaton préfigure de peu l’aventure des Screen Tests lesquels apparaissent aujourd’hui comme leur prolongement. Après une commande pour le magazine Harper’s Bazaar d’une série de portraits d’acteurs du monde de l’art, l’artiste entrevoit l’idée d’envoyer ses modèles au photomaton. Image vulgaire, instantanée et mécanique au possible – puisque l’opérateur a disparu – le photomaton renvoie à l’entreprise de dépicturalisation de l’art dans laquelle Warhol s’est attelé dans sa peinture à l’aide de la photographie et des procédés photomécaniques tels que la sérigraphie. Le photomaton s’offre comme un petit théâtre de la performance ouvert, à l’abri du rideau, à toutes les facéties. Indifférente, la machine enregistre et produit mécaniquement une bande de quatre images qui n’est pas sans évoquer la séquence cinématographique. La frontalité de la prise de vue en photomaton se retrouve au sein des Screen Tests qui convoquent un dispositif répondant à des critères de mise en scènes pour le moins minimalistes : « le personnage est en général de face, sur un fond noir ou blanc monochrome, il est en présence d’éclairage puissant, de préférence latéral bien que parfois de face, en contre plongée. (…) Des consignes sont données en général aux protagonistes filmés ; il est recommandé aux sujets de garder les yeux ouverts, de ne pas ciller, ni de faire de mimique alors que d’autres ont plus de latitudes et ce principalement quand il s’agit d’artistes, de performers tels Jack Smith, Mario Montez, Taylor Mead ». En focalisant notre analyse sur la question du cadre, ce transfert de dispositifs nous intéresse dans la relation que le cinéma entretient avec la photographie. Si le portrait demeure un élément central dans le travail des images chez Warhol de part sa présence frontale il n’en est pas moins un moyen détourné pour appuyer notre réflexion sur le cadre à la fois en tant que dispositif mais également en tant qu’élément de composition. Trop souvent, l’étude des Screen Test n’a été abordée que du point de vue de l’analyse descriptive des moyens performatifs du sujet en représentation. Il semble au contraire que nous passons à côté d’une question essentielle : en devenant des figures de la décomposition du temps par un ralenti en 16 ou 18 images/secondes à la projection et le paradoxe d’un visage centripète coupé du reste de son corps qu’on imagine mais qu’on ne voit pas, ces portraits ne permettent-ils pas d’atteindre une présence démultipliée du visage ? L’unicité même du visage en inscription sur la pellicule projetée s’efface alors derrière la mise en perspective sérielle de sa reproduction et l’inéluctable perte de son aura. Cet article se propose d’ouvrir la représentation de ces portraits à l’imaginaire des puissances figuratives et figurales de l’image. Des figures indissociables d’une réflexion portée sur les médiums et leurs paramètres – au niveau du cadrage et son effacement possible à l’écran – qui permettent de situer ces dispositifs au sein des théories de l’art moderniste américain et plus particulièrement celle du All-Over tel que l’a défini Clément Greenberg. Il est d’autant plus intéressant de confronter Greenberg à Warhol dans la mesure où ce dernier représente (en apparence) tout ce à quoi le théoricien s’oppose de part son ontologie de l’art moderniste. Comme le note A.L. Rees : « Warhol a lui-même établi une approche simultanée de l’avant-garde et du kitsch condamné par Clément Greenberg vingt ans plus tôt ».
Type de document :
Communication dans un congrès
Francesco Federici, Cosetta G. Saba X MAGIS – Gorizia International Film Studies Spring School » / Call for: Cinema and Contemporary Visual Arts, Mar 2012, Gorizia Italie. Campanotto pp.101-110, 2013, Cinéma : immersivité, surface, exposition 〈http://www.campanottoeditore.com/home.php〉
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Contributeur : Benjamin Leon <>
Soumis le : jeudi 27 avril 2017 - 17:52:33
Dernière modification le : vendredi 28 avril 2017 - 14:10:35

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Benjamin Léon. Migration de dispositifs et de visages chez Andy Warhol . Francesco Federici, Cosetta G. Saba X MAGIS – Gorizia International Film Studies Spring School » / Call for: Cinema and Contemporary Visual Arts, Mar 2012, Gorizia Italie. Campanotto pp.101-110, 2013, Cinéma : immersivité, surface, exposition 〈http://www.campanottoeditore.com/home.php〉. 〈hal-01515615〉

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