Approche interactive dans la transmission de faits grammaticaux : le cas de l’enseignement du français aux apprenants japonais généralement connus pour leur discrétion en classe de langue

Résumé : On dit souvent qu’en classe de langue les apprenants japonais ont plus de réticences à prendre la parole que les apprenants d’autres origines. En effet, on sait qu’il est rare qu’ils interrompent l’enseignant pour lui poser une question concernant les faits linguistiques enseignés. Ils coupent rarement la parole à leurs camarades, de même qu’ils n’osent même pas manifester de problème de compréhension à l’égard des instructions données par l’enseignant. Dans un grand nombre de cours de grammaire donnés dans des universités japonaises ou dans des écoles de langue au Japon — cours qui occupent encore de nos jours une place très importante dans l’enseignement du français —, l’enseignant, qui est dans la plupart des cas, japonais, se contente de rester un simple « transmetteur » de connaissances langagières et n’ose animer la classe par des activités dynamiques. Or, le cours de grammaire consiste, en principe, en actes professoraux de transmission de connaissances grammaticales, actes tels que celui d’ « information » (L. Dabène, 1984) et celui d’ « évaluation » (ibid.), plutôt que celui d’ « animation » (ibid.). Cela voudrait dire que le cours de grammaire ne permet que difficilement une approche dynamique aboutissant à des interactions. De plus, cela signifierait que cette particularité s’impose notamment lorsque le public est constitué uniquement de Japonais. D’où les questions suivantes : face à cette spécificité d’organisation du cours de grammaire, comment peut-on rendre ce dernier dynamique ? Autrement dit, par quelle activité pédagogique interactionnelle peut-on faire naître une dynamique dans le cours de grammaire ? Comment peut-on inciter les apprenants japonais à intervenir auprès de l’enseignant ou entre eux pendant une séquence de grammaire dispensée de manière « magistrale » ? Enfin, la méthode traditionnelle visant à l’enseignement de la grammaire empêche-t-elle vraiment l’apparition d’une interactivité ? C’est en partant de ces questions que dans le cadre de ma communication, je circonscrirai tout d’abord la visée de la classe de langue pour ensuite éclaircir la relation qu’il devrait y avoir entre l’interaction en classe de langue, son « amont » (c’est-à-dire la rédaction d’un manuel par l’auteur/éditeur) et son « aval » (c’est-à-dire l’interaction en milieu dit « naturel »). Puis, j’esquisserai quelques spécificités de la plupart des apprenants japonais ainsi que la particularité de leur langue par rapport aux langues européennes, dans le but de dégager un rapport entre la réticence des apprenants japonais et l’importance du cours de grammaire. Enfin, j’envisagerai des démarches possibles grâce auxquelles des interactions pourraient se faire dans le cours de grammaire destiné à des apprenants japonais. J’estime que la « sollicitation » (Sinclair & Coulthard, 1975) professorale comme : « Mettez le verbe « aimer » à l’impératif de la deuxième personne », qui vise à vérifier si les apprenants ont bien compris le fonctionnement des faits grammaticaux, n’est pas la seule activité pédagogique susceptible d’amener les apprenants à s’exprimer. Introduire une situation de simulation, comme une conversation issue de la vie quotidienne des apprenants, par exemple, serait une façon de rendre le cours de grammaire dynamique, c’est-à-dire une façon qui permettrait probablement de motiver les apprenants et de mieux attirer leur attention sur le fonctionnement du langage que la simple mise en œuvre d’une activité constituée uniquement par une série d’unités tripartites d’actes de parole : « question » – « réponse » – « évaluation ». Ma réflexion sera enrichie par l’observation de cours de grammaire dispensés à l’aide d’un support pédagogique à des apprenants japonais de niveau élémentaire et dans lesquels l’enseignant français qui a connaissance de l’approche communicative, met en œuvre d’autres activités que celle qui est déclenchée par une simple question destinée à vérifier l’appropriation des faits grammaticaux chez les apprenants.
Type de document :
Communication dans un congrès
La didactique des langues face aux cultures linguistiques et éducatives, Dec 2002, Paris, France. Marges linguistiques. Revue semestrielle électronique en Sciences du Langage, 2004, colloque international : « La didactique des langues face aux cultures linguistiques et éducatives ». 〈http://marges.linguistiques.free.fr/〉
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Contributeur : Fumiya Ishikawa <>
Soumis le : mercredi 8 mars 2017 - 07:34:04
Dernière modification le : vendredi 13 octobre 2017 - 09:32:07

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Fumiya Ishikawa. Approche interactive dans la transmission de faits grammaticaux : le cas de l’enseignement du français aux apprenants japonais généralement connus pour leur discrétion en classe de langue. La didactique des langues face aux cultures linguistiques et éducatives, Dec 2002, Paris, France. Marges linguistiques. Revue semestrielle électronique en Sciences du Langage, 2004, colloque international : « La didactique des langues face aux cultures linguistiques et éducatives ». 〈http://marges.linguistiques.free.fr/〉. 〈hal-01484904〉

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