L’« alloglotteté » de la classe de langue en milieu institutionnellement « homoglotte » : l’articulation entre le discours didactique et le quotidien des apprenants

Résumé : La distinction entre situations « homoglotte » et « alloglotte » devient ambiguë lorsqu’on envisage l’apprenant dans sa vie courante. Dans le cas où l’apprenant pratiquerait dans son quotidien presque exclusivement sa langue maternelle, ne pourrait-on pas considérer la classe de langue comme étant en situation « homoglotte » ? Dans la même logique, devrait-on estimer que pour un apprenant dont l’environnement extrascolaire est institutionnellement caractérisé par une grande absence de l’usage de la langue enseignée, mais qui a néanmoins beaucoup d’occasions de pratiquer cette langue dans son univers immédiat en conversant avec un certain nombre de locuteurs natifs, la classe est située dans un milieu non pas « alloglotte », mais pseudo- « alloglotte » ou quasi- « homoglotte »? En effet, l’opposition entre « homoglotte » et « alloglotte » telle qu’on l’envisage généralement repose sur la politique linguistique de l’extérieur de la classe (L. Dabène, 1994) , i. e. la légitimation ou non de la langue-cible comme langue nationale (ce qui est le cas notamment en France) ou officielle (ce qui se passe par exemple dans les cantons suisses), et non pas sur la réalité langagière de la vie de l’apprenant. Les deux cas de figure évoqués plus haut, concernant la dichotomie entre situations d’enseignement/apprentissage « homoglotte » et « alloglotte », m’amènent à dire que les notions d’ « homoglotte » ou d’ « alloglotte » ne devraient pas être définies uniquement sous l’aspect institutionnel de l’apprentissage/acquisition ; elles devraient être cernées plus substantiellement, du point de vue tant du vécu quotidien de l’apprenant, que des liens entre la classe de langue et son extérieur construits dans et par des interactions verbales que l’apprenant mène avec l’enseignant ainsi qu’avec d’autres apprenants de la classe. En partant de cette hypothèse, je m’interrogerai, dans la présente contribution, sur l’articulation entre le discours tenu dans la classe destinée à des apprenants ayant la même langue maternelle et ne sortant pas souvent de leur communauté d’une part, et le quotidien de tels apprenants, dans lequel ces derniers ne pratiquent que rarement la langue à apprendre d’autre part. Je m’intéresserai tout particulièrement à des résidants japonais en France qui apprennent le français pour une raison ou pour une autre, mais qui n’ont pas beaucoup d’occasions de pratiquer cette langue en dehors de la classe. Comment le discours en classe de langue traite-il du quotidien de tels apprenants (en 1.) ? Comment, dans de telles circonstances, la transmission des savoirs et des savoir-faire langagiers en langue-cible et la « didactisation » de phénomènes sociaux s’articulent-elles dans le discours (en 2.) ? Telles sont les questions qui constitueront la grande ligne de mon intervention. Pour ce qui est du corpus d’étude, il est basé sur des paroles recueilles dans deux cours offerts au sein de l’Association Amicale des Ressortissants Japonais en France installée à Paris. Ce sont des cours caractérisés, selon cet établissement, comme étant destinés à des débutants en langue-cible. Les professeurs de ces deux classes sont des Françaises, dont l’une comme l’autre connaît, d’après une enquête orale effectuée auprès d’elles à l’issue du cours, « un peu le japonais ». Dans la présente recherche, je nomme la totalité des paroles recueillies dans l’une des classes « Corpus 1 » et l’ensemble de celles qui sont rassemblées dans l’autre « Corpus 2 ». La durée de chacun des deux enregistrements est de 90 minutes. Il est aussi à noter que les deux classes sont constituées uniquement de femmes japonaises.
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Chapitre d'ouvrage
L’enseignement-apprentissage du français langue étrangère en milieu homoglotte : spécificités et exigences, Presses Universitaires de Grenoble, 2006, 〈http://www.pug.fr/〉
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Contributeur : Fumiya Ishikawa <>
Soumis le : mercredi 8 mars 2017 - 05:33:45
Dernière modification le : vendredi 13 octobre 2017 - 09:32:07

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Fumiya Ishikawa. L’« alloglotteté » de la classe de langue en milieu institutionnellement « homoglotte » : l’articulation entre le discours didactique et le quotidien des apprenants. L’enseignement-apprentissage du français langue étrangère en milieu homoglotte : spécificités et exigences, Presses Universitaires de Grenoble, 2006, 〈http://www.pug.fr/〉. 〈hal-01484897〉

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