Babel ou le langage en exil : Chronique des années égarées de Serge Moscovici

Résumé : La Chronique des années égarées a été rédigée entre 1978 et 1995 c’est-à-dire environ quarante ans après les événements relatés tout au long de ces 567 pages. Dans celle-ci, l’auteur instaure deux chronologies : la succession précisément datée des moments de l’écriture (entre le 3 septembre 1978 à Jérusalem et le 15 mai 1995 à Paris) et la succession moins précisément datée des faits relatés : depuis son enfance en Roumanie, en Bessarabie, au début des années 30, jusqu’à 1948, (il a alors 23 ans) et la première nuit passée dans les rues de Paris. L’extrait qui fera l’objet de notre étude fait partie du dernier chapitre intitulé « A Paris ! A Paris ! », daté du « 11 avril 1995 » et relate des événements remontant à l’année 1947. Cette année-là, Serge Moscovici quitte Bucarest, la Roumanie et se met en route vers Paris. Nous verrons que dans ce texte, le mythe de Babel fonctionne comme figure de l’errance à laquelle est voué l’individu égaré dans un noman’s land peuplé de noman’s language. Le renversement de Babel signifie la victoire remportée sur le langage de l’exil une victoire qui s’avère indissociable de la naissance de l’écrivain francophone, à dimension internationale que deviendra, à Paris, Serge Moscovici. J’aborderai donc ce texte dans la perspective de la théorie narrative ouverte par Paul Ricoeur . Le concept d’identité narrative est en effet particulièrement pertinent pour caractériser le projet d’écriture qui sous-tend cette chronique de l’exil. En effet, Babel signifie ici l’exil hors d’une langue à soi et l’écriture narrative fait de cet exil le matériau même de l’histoire racontée. En d’autres termes, si l’exil faisait partie de la vie vécue en 1947, il est désormais reconfiguré dans la Chronique parue en 1997 (Serge Moscovici a alors environ 70 ans). L’expérience de l’exil est mise en intrigue dans l’extrait choisi, structuré autour de la décision de renoncer à l’usage de la langue maternelle. Ce texte met donc en lumière la thèse ricoeurienne selon laquelle l’identité narrative se révèle dans la dialectique entre idem et ipse. Rappelons que la mise en intrigue, en tant que modèle de connexion entre événements, permet d’intégrer à la permanence dans le temps la diversité, la variabilité, la discontinuité, l’instabilité à la fois de l’action et du personnage. La mise en intrigue engendre une dialectique du personnage : nous verrons qu’à l’identité d’exilé plurilingue, ballotté d’un idiome à un autre, se substitue une ipseité d’intellectuel utilisant son répertoire plurilingue selon des fins parfaitement maîtrisées, dans le cadre d’une science humaine métisse, à construire sur le plan international : la psychologie sociale.
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Chapitre d'ouvrage
V. Houdart - Mérot Ecritures babéliennes , Peter Lang, 2006, Ecritures babéliennes
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Contributeur : Muriel Molinié <>
Soumis le : mercredi 22 février 2017 - 20:27:19
Dernière modification le : vendredi 13 octobre 2017 - 09:32:07
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Muriel Molinié. Babel ou le langage en exil : Chronique des années égarées de Serge Moscovici . V. Houdart - Mérot Ecritures babéliennes , Peter Lang, 2006, Ecritures babéliennes. 〈hal-01474581〉

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