La pensée enseignante dans une expérience de tutorat en ligne : vers un agir tutoral à distance ?

Résumé : Nous proposons de réfléchir à la fabrique de l’action enseignante dans le cadre d’un autre dispositif que celui de la classe de langue : celui du tutorat électronique. Nous prendrons appui sur un projet de télécollaboration au cours duquel les tuteurs, eux-mêmes étudiants en Master 2 Professionnel Didactique du français langue étrangère et interculturalité à l’Université Paris Descartes, assurent la conception et le suivi de tâches pour des apprenants de français à Hong Kong. Les trios pédagogiques (deux tuteurs pour un apprenant) communiquent de façon asynchrone par le biais de forums de discussion. Un dispositif de ce type soulève un certain nombre de questions concernant la pensée enseignante. Qu’est-ce que l’agir professoral lorsque l’action de l’enseignant ne se manifeste pas par une co-présence physique avec les apprenants ? Comment se construit l’action enseignante à distance lorsque les tuteurs ne peuvent ni voir leurs apprenants ni communiquer en direct avec eux ? Les tuteurs ont rédigé soit un bilan réflexif final soit, au fur et à mesure des 8 semaines du projet, un carnet de bord, dont la tenue est préconisée par F. V. Tochon (1993 : 198) et par N. Guichon (2012 : 201-202). Il convient de prendre en compte le contexte spécifique de rédaction de ces textes (évaluation dans le cadre d’un cours), mais l’on peut avancer que ceux-ci constituent une façon d’avoir accès au monde intérieur des tuteurs. Nous nous interrogerons dans un premier temps sur les caractéristiques discursives de ces écrits. Comment les tuteurs se saisissent-ils de ce genre nouveau pour réfléchir à leur expérience ? Comme les entretiens d’auto-confrontation (Cicurel, 2011 : 254), les carnets de bord et les bilans réflexifs se caractérisent par un dire sur le faire, ou un dire sur le dire. Les tuteurs construisent des significations, ils interprètent leurs comportements. C. Dejean-Thircuir et F. Mangenot soulignent que le tutorat électronique constitue « un cadre encore mal défini, inhabituel ; chacun doit construire ses marques, se construire des rôles, se positionner par rapport aux autres » (2006 : 84). L’étude des carnets de bord et des bilans réflexifs visera en deuxième lieu à comprendre la façon dont les tuteurs se représentent leur action. Que signifie pour eux le fait d’être tuteurs en ligne ? L’importance du « passé de l’acteur » est soulignée par F. Cicurel et V. Rivière (2008 : 269). Nous nous interrogerons dans un dernier temps sur la façon dont les apprentis tuteurs font entrer cette nouvelle expérience dans les schèmes qu’ils connaissent. Comment construisent-ils une analogie entre ce dispositif nouveau pour eux et leurs précédentes expériences ? L’étude de la pensée enseignante à travers les carnets de bord et les bilans réflexifs rédigés par les tuteurs nous amènera à postuler l’existence d’un agir tutoral à distance, qui pourrait être exploré pour la formation des enseignants.
Type de document :
Communication dans un congrès
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https://hal-univ-paris3.archives-ouvertes.fr/hal-01431122
Contributeur : Catherine Muller <>
Soumis le : mardi 10 janvier 2017 - 15:21:54
Dernière modification le : vendredi 14 juin 2019 - 01:32:01

Identifiants

  • HAL Id : hal-01431122, version 1

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Citation

Catherine Muller. La pensée enseignante dans une expérience de tutorat en ligne : vers un agir tutoral à distance ?. Colloque international La fabrique de l’action enseignante : quels enjeux didactiques ?, Université Paris 3, 2013, Paris, France. ⟨hal-01431122⟩

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