Enjeux d’un dispositif de tutorat électronique pour la formation des enseignants

Résumé : Notre proposition s’inscrit dans le domaine de la formation des enseignants de langue. Nous souhaiterions analyser un dispositif de tutorat électronique mis en place à l’automne 2010 entre 25 tuteurs inscrits en Master 2 Professionnel Didactique du français langue étrangère et interculturalité à l’Université Paris Descartes et 13 apprenants inscrits en Licence 2 d’Etudes européennes, section française, à l’Université Baptiste de Hong Kong. Ce projet de télécollaboration repose sur un partenariat de l’Agence Universitaire de la Francophonie (Appui à l’enseignement du français). Il s’inscrit dans la lignée du projet « Le français en (première) ligne » (Develotte, Mangenot, Zourou, 2005). Ce tutorat électronique s’est déroulé à distance et en mode asynchrone sur le réseau social de l’Université Paris Descartes. Douze groupes ont été créés, chacun associant deux tuteurs pour un apprenant. Cette télécollaboration repose sur une approche par tâches (Ellis, 2003) et sur une pédagogie de projet, relevant de l’approche actionnelle (Springer, 2009 : 31). Les échanges entre les tuteurs et les apprenants visent la création d’un blog sur la vie étudiante en France et à Hong Kong, accessible à tout visiteur du réseau social. Ce recours aux outils du web 2.0. s’inscrit dans des pratiques collaboratives permettant de « créer un lien social » (Van Dixhoorn et al., 2010 : 8). Bien que tuteurs et apprenants ne disposent pas du même statut dans l’échange, une complémentarité est attendue dans les apports pour chacun des participants. Ce tutorat électronique a pour objectif de susciter des échanges authentiques entre tuteurs et apprenants, de mettre en évidence les dimensions interculturelles et de favoriser la motivation des participants à l’échange, ainsi qu’il est précisé sur le site de l’AUF . Notre perspective sera ici focalisée sur les tuteurs. Le dispositif a été mis en œuvre à l’Université Paris Descartes dans le cadre de l’enseignement obligatoire « TICE et FLE » que nous avons assuré. La télécollaboration a initialement été conçue comme une mise en pratique du cours. Au-delà de cette sensibilisation aux nouvelles technologies et à l’enseignement à distance, nous souhaiterions nous interroger sur les enjeux sous-jacents à ce dispositif pour les tuteurs. En quoi ce tutorat électronique contribue-t-il à la formation des étudiants inscrits en Master 2 Professionnel de didactique ? Notre analyse prendra appui sur les bilans, les carnets de bord et les questionnaires complétés par les tuteurs à la fin de l’échange. Ces outils, qui offrent une perspective émique, témoignent d’un processus réflexif de la part des tuteurs. La réflexivité (Schön, 1994 ; Grandcolas & Vasseur, 1999 ; Chabanne & Bucheton, 2002 ; Causa & Cadet, 2006 ; Bishop & Cadet, 2007 ; Filliettaz, 2007) est ici entendue comme une réflexion du sujet sur son propre fonctionnement. Elle implique une prise de distance permettant l’analyse et l’interprétation de sa propre action. Nous nous appuierons sur les catégories de l’énonciation et de la subjectivité (Kerbrat-Orecchioni, [1980] 2009) pour étudier le positionnement des tuteurs. L’analyse du corpus met en évidence des apports pour la formation des tuteurs ne correspondant pas nécessairement à ceux attendus au début du dispositif. Certes, les étudiants en didactique ont reconnu l’entraînement apporté pour la conception de tâches. Cette expérience d’enseignement à distance leur a permis de mettre en pratique leurs cours de méthodologie d’enseignement. Ils ont appris à s'adapter au niveau de compétence de leur apprenant et à personnaliser les tâches qu'ils proposaient. Ils ont également beaucoup apprécié l’étayage entre pairs apporté par le travail en binôme. Globalement, le projet a été perçu par les tuteurs comme un enrichissement de leur expérience pédagogique. Il est cependant nécessaire de préciser qu’au début du semestre, les étudiants étaient pour beaucoup réfractaires à l'utilisation des nouvelles technologies pour l'enseignement / apprentissage des langues. Si ce projet a conforté certains dans leur appréhension négative des TICE (effets négatifs de la distance, virtualité, manque d'interactions, de dynamisme, appauvrissement de l'apprentissage, problèmes techniques, perte de temps...), il a également permis aux tuteurs de découvrir les usages des TICE et de faire évoluer leurs représentations. Certaines convictions méthodologiques affirmées au début de l’échange ont ainsi pu être remises en cause. L’enjeu du projet s’est progressivement déplacé d’une sensibilisation aux TICE à une réflexion plus large sur les représentations des tuteurs concernant l’enseignement-apprentissage, la relation interpersonnelle enseignant / apprenant, ou encore leur propre style d’enseignant. Or, une réflexion sur les représentations des futurs enseignants peut permettre de les faire évoluer, ce qui constitue un élément crucial de la formation initiale (Cambra Giné, 2003 : 220 ; Causa & Vlad, 2008 : 115). La réflexivité des tuteurs est liée à des malentendus apparus avec les apprenants concernant les modalités de l’échange. Ces obstacles ont ainsi permis aux tuteurs de réfléchir à leurs attentes dans cette situation particulière de tutorat électronique et également d’une façon plus globale dans les contextes de transmission de connaissances.
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https://hal-univ-paris3.archives-ouvertes.fr/hal-01430843
Contributeur : Catherine Muller <>
Soumis le : mardi 10 janvier 2017 - 12:30:17
Dernière modification le : vendredi 14 juin 2019 - 01:30:35

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  • HAL Id : hal-01430843, version 1

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Catherine Muller. Enjeux d’un dispositif de tutorat électronique pour la formation des enseignants. Colloque ACEDLE, Université de Nantes, 2012, Nantes, France. ⟨hal-01430843⟩

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