Méprise et préjugés : pour une histoire homonymique et toponymique de l'anime

Abstract : Animation et cinéma se comporte encore souvent comme des frères ennemis. Il est rare en effet de trouver dans un ouvrage spécialisé sur le cinéma japonais ne serait-ce qu’un paragraphe sur l’animation nippone – ou, lorsqu’évoquée, elle se trouve dénigrée et renvoyée par l’auteur à une pratique douteuse et subalterne . Mais il ne s’agit pas ici de se porter à la défense de cette cinématographie, que de nombreux signes concourent à penser aujourd’hui en voie de légitimation. Mon propos serait plutôt de questionner, à travers le problème évident et complexe de la nomination, comment le flou du regard porté sur cet objet a pu le/se modifier au cours du temps. Comment penser un cinéma qu’on ne peut en premier lieu que difficilement nommer ? La diversité des appellations aux débuts de l’importation de l’anime en Europe rappelle en réalité la situation japonaise, où ont longtemps coexisté plusieurs termes n’ayant pas la même connotation, tels que manga-eiga, telebi-manga, animeshon… D’après l’historien de l’animation Tsugata Nobuyuki, la première apparition du mot anime est à dater de 1962, dans une colonne de Mori Takuya pour la revue Eiga hyoron . Il me semble que, derrière ce manque/besoin de nomination se cache une aporie infinie : le caractère extrêmement japonais de l’anime, et pourtant son évident renvoi à d’autres référents, en particulier l’animation américaine. Ceci amènerait à postuler que cette reconfiguration homonymique doit s’accompagner d’une démarche toponymique, permettant de redessiner l’espace géographique de l’animation en Asie, à travers les échanges et les transferts culturels. L’exemple du studio Tōei Dōga m’apparait en cela exemplaire. Se définissant dès ses débuts dans un rapport d’admiration mais aussi de compétition avec l’Occident et désirant devenir, selon les termes de son directeur Okawa Hiroshi, le “Disney de l’Orient“, dans une formule aussi assertive qu’ambiguë, la Tōei a tenu une place centrale dans l’histoire de l’animation japonaise, et en particulier dans le passage du manga-eiga classique à l’anime – sous l’influence certaine de Tezuka Osamu. Comme le rappelle Thomas Lamarre dans The Anime Machine, il s’agit d’un cinéma qui pose la question de la relation entre le centre et la périphérie, dans le développement de la modernité (Marx) et la nature des images animées (Deleuze). Je souhaiterais ainsi évoquer, à travers le premier long-métrage d’animation auquel collabore Tezuka pour la Tōei, Voyage vers l’Occident (1960), cette question des transferts culturels et de l’invention de traditions nouvelles, autant du point de vue des techniques utilisées que de l’esthétique en acte du film, question qui relève en un sens autant de l’histoire culturelle que de l’anthropologie.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-paris3.archives-ouvertes.fr/hal-01375952
Contributeur : Marie Pruvost-Delaspre <>
Soumis le : lundi 3 octobre 2016 - 19:59:55
Dernière modification le : mercredi 25 juillet 2018 - 01:24:15

Identifiants

  • HAL Id : hal-01375952, version 1

Collections

Citation

Marie Pruvost-Delaspre. Méprise et préjugés : pour une histoire homonymique et toponymique de l'anime. Nathalie Bittinger. Les Cinémas d'Asie : nouveaux regards, ⟨Presses Universitaires de Strasbourg⟩, pp.43-52, 2016, 978-2-86820-958-0. ⟨hal-01375952⟩

Partager

Métriques

Consultations de la notice

116