Golden Bat, ou la quintessence de la synergie interactive

Abstract : Dans son récent ouvrage Anime Media Mix, Marc Steinberg étudie avec pertinence les stratégies de convergence japonaises à partir de l’exemple de la première série animée télévisée, Astro Boy (Mushi Pro, 1963-66). Définissant le système transmédiatique mis en place par Osamu Tezuka, il le décrit comme relevant à la fois d’une longue tradition de figures issues de la culture populaire et comme une rupture paradigmatique – en particulier en terme de modèle de financement, reprenant en cela certaines des premières analyses de Mizuko Ito sur les spécificités du media mix japonais. Cette proposition se donne pour but, dans le cadre d’une ambitieuse histoire du transmédia, de remonter aux origines de ce que l’on pourrait appeler la synergie interactive à l’œuvre dans la culture populaire japonaise du 20ème siècle. En effet, des conteurs de rue au kamishibai en passant par les feuilletons radiophoniques et les magazines de publication, la culture populaire japonaise a su suivre les évolutions de médium en préservant l’essence du spectacle de rue, l’interaction avec le public. La nécessité d’appuyer une telle étude sur un cas concret s’oriente presque naturellement vers le personnage populaire et premier super-héros japonais, Golden Bat (Ōgon Batto), créé pour le théâtre kamishibai par Takeo Nagamatsu en 1931, et ensuite développé sous des dizaines de formes différentes, depuis le e-monogatari de Koji Kata (1948) et le manga d’Osamu Tezuka jusqu’au film en prise de vues réelles de la Toei (1966) et à la série animée de TCJ (1967). Inspiré du Fantôme de l’opéra incarné par Lon Chaney (1925) mais devant son nom à une marque de cigarettes, ce héros à tête de mort et au rire sardonique, revenu d’un lointain passé combattre le roi de l’univers Nazo, va en effet suivre toutes les évolutions de la culture populaire, de la crise des années 1930 à la prospérité des années 1970, du spectacle de rue à la télévision. Comme l’écrit Ryan Holmberg, « il ne faut pas oublier que la collaboration entre les éditeurs, les fabricants de jouets et les réseaux de diffusion visait à capitaliser sur l’enrichissement de la génération du baby-boom. Aucune forme de culture de masse n’a survécu à cette période de forte croissance sans être adapté à cette nouvelle ère du produit culturel. La transformation du emonogatari en manga fait partie de ce processus. » Une étude attentive du cas de Golden Bat serait l’occasion de réfléchir au rapport de rupture et de continuité dans ce changement paradigmatique, et une opportunité de préciser le rôle pionnier de la culture populaire japonaise dans une préfiguration du transmedia.
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Contributeur : Marie Pruvost-Delaspre <>
Soumis le : lundi 3 octobre 2016 - 19:51:58
Dernière modification le : samedi 16 décembre 2017 - 01:11:28

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  • HAL Id : hal-01375951, version 1

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Citation

Marie Pruvost-Delaspre. Golden Bat, ou la quintessence de la synergie interactive . Cahiers de Champs Visuels, L'Harmattan, 2015, Histoire du Transmédia, pp.139-164. ⟨hal-01375951⟩

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